BERNARD-ADOLPHE GRANIER DE CASSAGNAC

Langues anciennes, idéogrammes, hiéroglyphes, anaglyphes, cabale...

BERNARD-ADOLPHE GRANIER DE CASSAGNAC

Message par Médard Guinée » 01 Février 2015, 14:53

Pour faire écho au sujet de Crillon le Brave sur la vraie langue celtique, je voudrais vous proposer les liens vers 2 ouvrages relativement intéressants, écrits par un savant français, M. Granier de Cassagnac, dont le but était de tordre le cou à la croyance en laquelle le français n’était que du latin corrompu…

Voici un extrait de l’ouvrage Antiquité des Patois, Antériorité de la Langue Française sur le Latin (pages 5 et 6)

BUT DE CE TRAVAIL.
Une opinion, très répandue et très accréditée, fait venir la langue française du latin. Dans un livre, resté célèbre, publié en 1565, Henri Etienne s'efforça de prouver qu'elle venait du grec (1), et quelques philologues de nos jours prétendent qu'elle dérive du sanscrit. Dans notre conviction, formée principalement sur une étude des faits, que le lecteur appréciera, ces diverses opinions sont autant de préjugés sans fondement sérieux. Il est évident qu'un grand nombre de termes latins et grecs sont entrés dans la composition de la langue française, surtout depuis la Renaissance, en vue d'exprimer les idées morales, philosophiques, politiques, littéraires, scientifiques, financières, propres à la société moderne ; mais il ne l'est pas moins que les éléments primordiaux, essentiels, populaires, de la langue française, sont d'origine nationale. Ils appartiennent directement, clairement, aux six ou sept idiomes, brandies distinctes de la langue celtique, qui se parlent encore aujourd’hui en France, comme le provençal, le catalan, le languedocien, l'aquitain, le bas-breton, l'auvergnat, le wallon; et ces idiomes, qu'on appelle du nom général de patois, sont incontestablement antérieurs, non-seulement à l'invasion romaine, mais à la formation de la langue latine.
Le but de ce travail est de mettre hors de doute l'antiquité de ces patois, et de montrer qu'ils se parlaient, à peu près comme ils se parlent encore, il y a plus de deux mille ans, lorsque la langue latine était à peine fixée; si bien qu'au lieu de voir, dans les patois, du latin corrompu, il serait plus exact de voir dans le latin du français et du patois épurés.

(1) Traité de la conformité du langage français avec le grec.

Un autre extrait, des pages 18 et 19 :
Lorsque vivait encore le cardinal Mezzofanti, nous eûmes l'honneur de lui soumettre, à Rome, une observation, que tout le monde peut vérifier, à savoir que le latin a toujours au moins deux mots pour dire la même chose, et que, de ces deux mots, l'un se trouve invariablement dans les patois de la France. Sur la question de savoir laquelle des deux langues avait dû emprunter à l'autre, le savant philologue répondait, comme nous, que ce devait être le latin; car si le gaulois avait fait l'emprunt, il aurait emprunté les deux mots, ce qui n'est pas. Nous soumettons notre essai aux lecteurs curieux de ces sortes de matières. Des deux colonnes de mots latins, celle de gauche contient ceux qui viennent généralement du grec; celle de droite, ceux qui viennent toujours du patois.

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Un autre extrait des pages 29 et 30:
Des préjugés critiques peu réfléchis ont fait considérer l'idiome bas -breton comme le type unique du celtique, quoiqu'il ne soit en réalité que l'un des dialectes parlés de tout temps par la grande nation des Celtes, et que le provençal, le languedocien, le catalan, le gascon, l'auvergnat, le français lui-même soient celtiques au même degré que la langue de Vannes, de Léon ou de Tréguier.
Eh ! bien, le bas-breton lui-même, si différent, au premier abord, des autres idiomes de la Gaule, contient une bonne moitié de termes aquitains, auvergnats, catalans ou provençaux. Il est aisé de s'en convaincre, en faisant le dépouillement soit du dictionnaire Français-Celtique du Père de Rostrenen, soit du dictionnaire Celto- Breton de Le Gonidec. Nous nous bornerons à un petit tableau, dont les éléments sont pris au hasard.

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Et enfin, un dernier extrait, assez révélateur, des pages 33,34, 35 et 36 :
La colonie militaire établie par Trajan sur les bords du Danube, dans les pays nommés aujourd'hui la Valachie et la Moldavie (2), est restée, depuis Aurélien, sans communication avec la mère patrie. Les Goths l'envahirent et l'occupèrent; et, après les Goths, les Huns, les Avares, les Bulgares, les Petchenègues, les Outses, les Turcs, les Russes, les Croates. Cependant la langue primitive de cette colonie d'origine gauloise, qu'on appelle aujourd'hui la langue roumane et qui se nomme elle-même Romanesc, si l'on a soin de la dépouiller des éléments étrangers qui l'ont pénétrée, n'est autre chose que le patois sous-pyrénéen. Elle n'a rien reçu, ni pu recevoir des débris du latin; elle est restée ce qu'elle était dans la bouche des soldats qui la portèrent en Dacie ; et elle est, pour nous, une preuve irrécusable de l'identité des patois celtes du premier siècle de l'ère vulgaire avec les patois méridionaux d'aujourd'hui.
Nous allons placer sous les yeux du lecteur un spécimen suffisant pour le convaincre. Ceux qui voudraient pousser plus avant leurs recherches, n'auraient qu'à opérer le dépouillement complet du Vocabulaire Français-Valaque de Poyenar, Aaron et Hill, directeur et professeurs du collège de Saint-Sava, à Bucharest, imprimé dans cette ville, en 1840.

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Plus ambitieux et d’abord moins facile, Histoire des Origines de la Langue Française n’est est pas moins intéressant.
PREFACE.
Tous les lettrés savent qu'il y a dans le français, dans l'italien et dans l'espagnol un grand nombre de mots usuels, qui sont aussi dans le latin.
Expliquer la présence simultanée de ces mots dans ces quatre langues est un problème important, difficile, et depuis longtemps débattu.
La solution généralement adoptée consiste à prétendre qu'après avoir soumis les peuples de l’Italie, de la Gaule et de l’Espagne, les Romains les obligèrent ou les amenèrent à remplacer leurs langues nationales par la langue latine, à laquelle ces peuples auraient emprunté les mots latins qu'on remarque dans leurs idiomes.
L'objet de ce livre est de prouver que cette solution choque
violemment et au môme degré le bon sens, l'histoire et les principes sur lesquels repose la philologie.
Concentrant d'abord la discussion sur la langue française, nous ferons voir que, si l'on excepte un certain nombre de termes relatifs aux lettres, aux arts et aux sciences, termes empruntés par nous au latin, qui les avait lui-même empruntés au grec, la langue française est entièrement originale et nationale, même dans les mots usuels qui lui sont communs avec la langue latine.
En résumé, nous soutenons que les Gaulois, nos ancêtres, sont, comme nation, aussi anciens que les Latins et plus anciens que les Romains ; que la langue gauloise se parlait chez les premiers, pendant que la langue latine se parlait chez les seconds; et que si haut que l'on remonte dans l'histoire de ces deux langues, les mots qu'elles possèdent en commun existaient déjà et à la fois dans toutes deux, parce que les peuples auxquels ces langues appartiennent sont originaires du même pays et constituent deux tribus de la même nation primitive.

Antiquité des Patois, Antiquité de la Langue Française sur le Latin par M. A. Granier de Cassagnac – 1859
https://archive.org/details/antiquitdespat00gran

Histoire des Origines de la Langue Française par M. A. Granier de Cassagnac – 1872
https://archive.org/details/histoiredesorigi00gran

Fiche Wikipedia de M. Granier de Cassagnac:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard-Adolphe_Granier_de_Cassagnac

En espérant avoir piqué votre curiosité, je vous souhaite de plaisantes lectures et d’agréables découvertes.
Dernière édition par Médard Guinée le 04 Février 2015, 08:10, édité 4 fois.
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Re: BERNARD-ADOLPHE GRANIER DE CASSAGNAC

Message par CrillonLeBrave » 01 Février 2015, 16:59

Bonjour Médard Guinée,
Déjà merci beaucoup pour ce partage, je ne connaissais absolument pas ces ouvrages.

" Une opinion, très répandue et très accréditée, fait venir la langue française du latin. Dans un livre, resté célèbre, publié en 1565, Henri Etienne s'efforça de prouver qu'elle venait du grec (1), et quelques philologues de nos jours prétendent qu'elle dérive du sanscrit. Dans notre conviction, formée principalement sur une étude des faits, que le lecteur appréciera, ces diverses opinions sont autant de préjugés sans fondement sérieux. Il est évident qu'un grand nombre de termes latins et grecs sont entrés dans la composition de la langue française, surtout depuis la Renaissance, en vue d'exprimer les idées morales, philosophiques, politiques, littéraires, scientifiques, financières, propres à la société moderne ; mais il ne l'est pas moins que les éléments primordiaux, essentiels, populaires, de la langue française, sont d'origine nationale. Ils appartiennent directement, clairement, aux six ou sept idiomes, brandies distinctes de la langue celtique, qui se parlent encore aujourd’hui en France, comme le provençal, le catalan, le languedocien, l'aquitain, le bas-breton, l'auvergnat, le wallon; et ces idiomes, qu'on appelle du nom général de patois, sont incontestablement antérieurs, non-seulement à l'invasion romaine, mais à la formation de la langue latine.
Le but de ce travail est de mettre hors de doute l'antiquité de ces patois, et de montrer qu'ils se parlaient, à peu près comme ils se parlent encore, il y a plus de deux mille ans, lorsque la langue latine était à peine fixée; si bien qu'au lieu de voir, dans les patois, du latin corrompu, il serait plus exact de voir dans le latin du français et du patois épurés. "

C'est très exactement l'intuition que j'ai, et que je survole rapidement sur le topic dédié à la vraie langue Celtique.
pour en arriver à ce constat, il faut déjà passer un premier cap :
Le latin n'a jamais été utilisé comme langue courante, ce fût au mieux, une langue administrative, militaire, théologique ( pas toujours ) et universitaire mais absolument pas une langue orale populaire.
Ensuite, on se rend vite compte que la phonétique des patois provençaux ( je ne limite pas mon affirmation à ce secteur mais étant le seul que je connais relativement bien, je n'irai pas plus loin ) est très proche du peu que l'on connait du Celte, et n'a pas grand chose a voir avec le Latin. Or, il est évident que la seule antériorité aux Latins dans le sud de la France fût les Celto-ligures ( dans sa partie est ) et quelques colonies Grecques.

Le talon d'Achille de cette approche est bien évidement l'absence d'écrits Gaulois, mais tous les domaines qui concernent la vie courante nous indiquent la parenté. On pourrait presque parler de méta-linguistique, ou d'une approche de la linguistique à la fois par la sociologie, la sémantique et la logique après une connaissance approfondie des coutumes, philosophies et toponymies des lieux.

N'oublions pas que le Latin est aux parlés Italiques & co ce que l'Occitan est aux patois des pays d'Oc, une norme standardisée, absolument pas une langue mère.

Enfin pour finir, je t'invite, si ces sujets t'intéressent, ce qui est visiblement le cas, à lire les écrits du Marquis A.J. de Fortia d'Urban qui a une approche bien plus factuelle de ces sujets que ce que peuvent avoir certains linguistes, l'exemple que je donnais sur la création de Marseille par les Phocéens vient de lui.
Pour exposer rapidement :
Selon lui, il n'y a pas de " Massaliotes " ( du moins il n'y a pas de distinction ) mais seulement des Saliens, nom donné à ce peuple riche et puissant par leur possessions territoriales, notamment les salins camarguais ( Saliens Salins, jusque là, tout va bien ! ).
Selon lui Massalia doit se lire comme Mas Maison au sens de capitale, place forte, chef lieu Salia Salien. Donc Massalia = Maison Salienne, la capitale des Saliens. Marseille était donc une place forte Salienne avant d'être une colonie Phocéenne, avec qui ils commerçaient.
Il va un peu plus loin mais je te laisse voir par toi même.
( je rajouterais, à titre personnel, que l'autre nom donné aux saliens, a savoir saluvi/salluvii/saluviens renferme deux termes, sel et alluvions et que de là à imaginer que le sel est un alluvion maritime il n'y a qu'un pas .. )

Il y a beaucoup de chose à dire sur ce genre de sujet et surement beaucoup à découvrir, le latin jette un voile sur le passé de cette région et obstrue la lisibilité, les mythes et habitudes ayant parachevé le travail. Mais c'est un sujet riche et fondamental à mon humble avis, sur l'antiquité de la France.

Merci encore pour le partage !
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Re: BERNARD-ADOLPHE GRANIER DE CASSAGNAC

Message par Médard Guinée » 02 Février 2015, 06:57

Bonjour, CrillonleBrave. Je suis heureux que les ouvrages référencés ci-dessus t’agréent. A mon tour de te remercier pour avoir mentionné le nom du Marquis Fortia d'Urban. Etant effectivement très intéressé par l’origine des langues, je vais me plonger dans ses livres dès que possible. Beaucoup – dont Histoire ancienne des Saliens, Discours sur les murs saturniens ou ciclopéens, Histoire antédiluvienne de la Chine, Essai sur l’origine de l’écriture – me font saliver à l’ avance… Merci donc, également, pour le partage !
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