Ce que les Grecs doivent aux Egyptiens (J. Grimault)

Ce que les Grecs doivent aux Egyptiens (J. Grimault)

Message par Chris B » 04 Décembre 2014, 14:03

Ce que les Grecs doivent aux Egyptiens (première partie d'une réponse obligée)…
par Jacques Grimault

On nous a fait dernièrement sèchement remarquer que les Egyptiens n’étaient pas grand-chose en matière de connaissance du ciel, donnant les Babyloniens comme étant les maîtres dans ce domaine… On est allé jusqu’à parler de ‘mythe’ de l’hermétisme égyptien… qui ne serait qu’emprunts aux Grecs et aux Latins… C’est là - selon nous - faire la preuve d’une profonde ignorance, dépourvue de prudence et de modestie ; telle est la mode du jour, et il nous faut nous y habituer…
Répondons à cela !

Notre critique, visiblement peu instruit et/ou présomptueux à l’excès, n’aura pas lu Diodore de Sicile, qui pourtant est aussi clair que catégorique, disant : « Les Chaldéens de Babylone étaient des émigrés égyptiens, qui avaient appris leur science astronomique des Égyptiens » ((Bibl. Hist. V, 57 et I, 81).
Pour nous, et cela ne fait aucun doute, les Babyloniens ont reçu les mêmes enseignements que les Egyptiens à l’origine, mais n’ayant pas maintenu ces savoirs au secret, ils les ont obscurcis, dévoyés, corrompus, fragmentés, et rendus totalement incohérents : c’est à eux que l’on doit ‘l’astrologie moderne’, ce ramassis de sottises sans fondements, ces croyances absurdes en de soi-disant sciences ‘occultes’ et autres sornettes du genre… Aux anciens Egyptiens, qui gardèrent précieusement cet héritage au silence des temples, rien de semblable n’arriva, et l’hermétisme se chargea non seulement de faire respecter ce legs, mais permit de le diffuser avec autant de discrétion que d’efficacité… Mais coupons là ; il convient d'abord de fonder ce que nous avançons : montrer ce que les Grecs doivent aux Egyptiens, par une liste rapide et explicite. Avant cela cependant, précisons notre pensée dans ce domaine, en nous appuyant sur une réflexion de François-Edmé Jomard, le savant polytechnicien responsable de la campagne de Napoléon Bonaparte en Egypte ; « Tant d’habiles hommes [les Grecs] seraient-ils allés en Egypte pendant cinq siècles de suite s’ils n’eussent l’espérance d’y trouver des mémoires sur les sciences exactes ou des hommes instruits des anciennes traditions scientifiques ? Et si les découvertes qu’on attribue aux premiers philosophes grecs leur appartenaient réellement, si les notions des Egyptiens n’eussent été que des éléments grossiers, perfectionnés par les Grecs, pense-t-on que deux ou trois siècles après Pythagore et Thalès on eu vu leurs successeurs et des hommes tels que Démocrite, Eudoxe, Platon, Euclide, Archimède, aller tour à tour étudier l’Egypte ? L’Ecole de Milet ne leur aurait-elle pas fourni plus de lumières sans qu’il fût besoin d’entreprendre de longs et pénibles voyages ? » (Système métrique des Egyptiens), puis donnons l'opinion de l’astronome Charles Dupuis sur l'origine des Athéniens : « Je savais qu'Athènes était une colonie d'Egypte, et que c'était là que les philosophes grecs avaient puisé toutes leurs connaissances astronomiques. J'en ai donc conçu que c'était en ce pays d'Egypte que je devais chercher (…) » (Abrégé de l'origine de tous les cultes, 1784). Avançons…

Erechtée (XVe avant J-C) Egyptien de naissance, il sauva Athènes de la famine et devint citoyen athénien ; il passe pour le créateur des mystères d’Eleusis et d’Isis, évidemment bâtis sur le modèle égyptien.
Orphée (XIVe siècle) Initié à Memphis, créateur d’un pan important de la mythologie grecque et créateur des mystères qui portent son nom, il aurait participé à l’expédition des Argonautes, qui n’est qu’un récit hermétique, c’est-à-dire qu’il recèle diverses histoires dans son épaisseur.
Musée (XIVe siècle) Fils d’Orphée, il alla s’instruire en Egypte d’où il revint pour être prêtre des mystères d’Eleusis, mystères entièrement consacré au pouvoir générateur, quel qu'il soit.
Eumolpe (XIVe siècle) Fils de Poséidon, initié aux mystères égyptiens, il devint prêtre des mystères d’Eleusis et fut à l’origine d’une célèbre caste dont les membres prirent le nom d’Eumolpides.
Dédale (XIIIe siècle) S’instruisit en Egypte, où il visita le fameux labyrinthe du lac Mœris, qui servit de modèle à celui qu’il alla construire en Crète, à Cnossos. Il rapporta d’Egypte l’art des métaux et quelques inventions, dont la hache, les mâts et les voiles… Dédale retourna finir sa vie en Egypte.
Licurgue (926-850 ?) Grand voyageur, il alla s’instruire en Egypte, et devint le législateur de Sparte et le premier Grec important de la période historique.
Homère (IXe siècle) "Le Père de la Poésie", à qui l’on doit − entre autres − le récit de la guerre de Troie et la théorie du ternaire des Eléments, fut initié en Egypte… et le premier dans l’histoire à parler de l’Atlantide, plusieurs siècles avant Platon.
Hésiode (IXe siècle) qui fit le voyage en Egypte, est l’un des piliers fournisseur de la mythologie grecque, qui est, comme la mythologie égyptienne, entièrement explicable par les sciences hermétiques ; la magie, l'astrologie et l'alchimie.
Solon, (640-559), législateur d’Athènes et l’un des "Sept Sages de la Grèce", voyagea beaucoup et notamment en Egypte, à Saïs, d’où il aurait rapporté le légendaire de l’Atlantide, selon le récit de Platon, dont il était le grand oncle.
Thalès de Milet (640-547), le plus grand des "Sept Sages de la Grèce", s’instruisit pendant quatre ans à Memphis, d’où il revint pour ouvrir à Milet la fameuse école dite du "mythe de l’Age d’or". A l'instar de Descartes, on prétend qu'il inventa la méthode… Fondateur de la géométrie grecque, et grand astronome, il put prédire l’éclipse solaire du 28 mai 585, ce qui le rendit célèbre dans toute la Grèce, selon ce que rapporta Apollodore. Il fonda de nombreuses villes, et transmis aux Grecs l’art de lier les bœufs et de labourer, d’exploiter les mines, de fondre les métaux, l’alphabet, etc… Pour Thalès, qui nie la création de l’Univers, et l’estime comme étant de toute éternité, il y a lieu de rechercher le Principe des choses, et selon lui, l’élément primordial est l’Eau. Ainsi dit il : « Rien ne vient de rien ; tout vient et retourne à l’eau » : malheureusement, il ne reste rien des écrits de Thalès, et seules les relations d’Aristote, d’Hérodote, d’Apollodore, de Diogène Laerce et de Platon, permettent de se faire une idée de sa pensée.
Anaximandre (620-556) Ce disciple de Thalès passe pour avoir inventé le gnomon, reconnu les dates des solstices et des équinoxes, l’obliquité de l’écliptique, réalisé le premier cadran solaire, et enseigné que la Terre était une sphère partagée entre les terres et les eaux… A la tête de l’Ecole de Milet, il enseigne qu’un Principe universel infini et unique, siège de l’Eternel mouvement, dirige toutes choses, et se trouve à l’origine du chaud et du froid auxquels sont assujetties toutes les choses créées par lui sans que l’on puisse savoir comment.
Parménide d’Elée (515-440), le chef de file de l’Ecole des Eléates, dont on ne sait pratiquement rien, prôna l’unité de l’Univers. Il pensait aussi que la réalité n'est soumise à aucun changement, celui-ci étant le domaine de l'illusion, et que l'Etre est par principe sans changement, ce qui revient à définir une divinité unique par attribution ou par impossibilité, et ce à l’époque de la rédaction de l’Ancien testament...
Zénon d'Elée (490-430) sera son continuateur, et exposera cette théorie avec de curieux paradoxes (Achille, la flèche, et la tortue, par exemple…).
Anaximène de Milet (585-525), disciple d'Anaximène, c’est lui qui aurait inventé le gnomon, et non son maître. N’étant pas allé en Egypte, c'est lui qui aurait répandu l’idée que la Terre était une table par son aspect… mais en comparant analogiquement le quaternaire des éléments aux quatre directions de la Terre, aux quatre saisons, et aux quatre âges de l’homme, etc. L’incompréhension du caractère analogique et allégorique de sa pensée a été une source d’erreurs très fécondes… et fort durables, comme de nos jours. Sa conception de l’Univers lui fit dire que ; « Notre âme, parce qu’elle est de l’Air, est en chacun de nous un principe d’union : de même que le souffle ou l’Air contient le monde dans son ensemble », que l’Univers est infini, et que la substance, derrière ses apparences, est une.
Héraclite d’Ephèse (576-480), l’un des maîtres de l’Ecole Ionienne, est l’un des savants grecs qui, bien que l’on ne connaisse pratiquement rien de sa vie et de ses voyages, s’approcha au mieux de l’expression traditionnelle des prêtres égyptiens, d’où le caractère estimé obscur de sa pensée. Il fut le promoteur de l’attraction et de la répulsion, de l’union alternée des contraires, et plaça le Feu à l’origine de l’Univers, en affirmant ; « De toutes choses, il y a échange avec le Feu, et du Feu avec toutes choses ». Il disait par ailleurs ; « Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l’a fait, mais il a toujours été, il est, et il sera un feu toujours vivant. » Cette déclaration est extrêmement proche de la nature du dieu des Hébreux, tel qu’il est décrit dans le premier Testament, au moment même de sa rédaction à Babylone par Esdras… Héraclite enseignait aussi que tout passe dans un mouvement et un flux permanent, et que « Nous vivons en aspirant l’essence divine durant la respiration », ce qui est ce à peu de choses près ce qu’enseignent les yogis hindous à propos de l’essence aérienne d'origine cosmique, appelée par eux Prânâ, forme interne de l’achimie. Comme très souvent, on ne connaît rien directement d’Héraclite : seulement les écrits de ses admirateurs ou de ses détracteurs.
Phérécide de Syros, dont on ne sait pratiquement rien, passe pour s’être instruit en Egypte, d’où il aurait rapporté sa doctrine, qui place la Terre comme à l’origine de l’Univers : on voit ici poindre la future doctrine matérialiste, qui fonde sa logique exclusivement sur l’observable pondérable et mesurable… et qui oublie tout simplement en route de considérer la conscience et la vie.
L’immense Pythagore de Samos (570-472), qui voyagea beaucoup, fut le disciple de Thalès, de Phérécyde, et d’Anaximandre, avant de séjourner 22 ans en Egypte, à Memphis et à Thèbes. A son retour à Samos, âgé de 55 ans, il fonda une Ecole de mystères, qui occupait le milieu entre une société secrète et un courant philosophique, entre exotérisme et ésotérisme, de même que lui passait pour occuper la place entre celle d'un homme et celle d'un dieu : le silence et le secret, la mystique des nombres mélangée à une rigueur toute scientifique pour les chiffres, la connaissance et le respect de soi, la notion d'harmonie universelle sont les marques principales de cet enseignement resté très vivace bien des siècles après la disparition de son auteur, surtout en Sicile, dans le sud de l’Italie (la Grande Grèce), et chez les "vrais" alchimistes. Pythagore passe pour avoir figuré les Eléments par les cinq polyèdres réguliers inscriptibles dans la sphère : la Terre était représentée par le Cube, le Feu par le Tétraèdre, l’Air par l’Octaèdre, et l’Eau par l’Icosaèdre : l’Aether était figuré par un Dodécaèdre. Il parla également des opposés universels, qu’il proposait assemblés en 10 paires :
limité / illimité - multiplicité / unité - pair / impair - obscurité / clarté - inerte / vivant - droit / courbe - mâle / femelle - gauche / droite - bon / mauvais - régulier / irrégulier.
Ce nombre de dix oppositions rejoint celui issu de la célèbre Tétraktys, somme des 4 premiers nombres : 1 + 2 + 3 + 4 = 10.
Hécatée de Milet (550-480), géographe et historien qui parcouru l’Asie, la Perse et l’Egypte, d’où il rapporta des informations sur les hommes des temps les plus anciens et des cartes de géographie fort réputées dans l’Antiquité.
Philolaus (500-420), le principal disciple de Pythagore, qui posséda les archives de ce dernier que Platon acheta pour l’équivalent de 43 kilos d’or : on ne trouve pourtant chez Platon que quelques mentions allusives à Pythagore…
Anaxagore de Clazomène, en Asie mineure (500-428, à Lampsaque plus précisément), disciple d’Anaximène, résida 20 ans en Egypte d’où il revint pour ouvrir – lui aussi – une école de philosophie et de sciences ; il disait que les phénomènes sont dus non aux dieux mais à la Nature. Considéré comme le premier philosophe d’Athènes, il eut Périclès et Socrate pour disciples (d'où l'on peut déduire, sans trop forcer l'histoire de la pensée, que Socrate profita directement d'un enseignement acquis en Egypte par l'un de ses Maîtres). On sait l’importance qu’eut la philosophie de ce dernier sur Platon, car il prétendait que le Principe du Tout est la Raison (qui n'est qu'une transposition de la philosophie du Verbe, tout égyptienne, et que l'on retrouvera à Alexandrie chez les chrétiens traducteurs bibliques). Il ne subsiste que quelques fragments de son ouvrage Sur la Nature. Il aurait affirmé, très largement avant Antoine de Lavoisier, le père de la chimie moderne et scientifique : « Rien ne naît, rien ne meurt, mais les choses déjà existantes se combinent, puis se séparent à nouveaux ». Pour Anaxagore, contrairement à Démocrite, les parcelles de la matière, dont se sert le Noôus (l'intelligence créatrice) pour bâtir l'Univers, sont divisibles à l’infini : « car il y a du plus petit sans fin, attendu qu’il est impossible que l’Être cesse d’être ». Par ailleurs, il enseigne que c’est l’Intelligence qui crée et ordonne l’Univers.
Leucippe d'Abdère (495-420), disciple d’Anaxagore, aurait reçu la théorie atomiste d’un certain Moschius ou Moïsius d’Egypte, lors de son séjour de cinq ans en Egypte, où par ailleurs il rencontra Démocrite d’Abdère, lui aussi grand amateur d'atomes.
Œnopide (492-410) disciple de Pythagore, qui apprit des prêtres Egyptiens l’obliquité de l’écliptique. Euclide, le doxographe alexandrin des mathématiques, lui emprunta de nombreuses résolutions de problèmes de mathématiques, évidemment sans le citer.
Phérécide de Samos (480-400) généalogiste dont les ouvrages sur les origines du peuple grec furent perdus : il s’en instruisit lui aussi en Egypte.
Démocrite d’Abdère, en Thrace (470-361), qui séjourna deux fois cinq ans en Egypte, auprès des prêtres de Memphis et de Thèbes, où il rencontra Leucippe et reçut très probablement de lui la théorie de l’atomisme (atome, d'un mot grec signifiant "insécable"), s’intéressa à toutes les parties du savoir : il soutint que l’univers est peuplé d’une infinité d’astres et de planètes telles que la Terre, abritant la vie et l'intelligence.
Socrate (468-400), le "Père de la philosophie" fut le disciple d’Anaxagore, qui séjourna vingt ans en Egypte. Platon s'instruisit à son école. Nous pensons que Socrate fut pleuré non pour sa philosophie comportementale et sa technique de la maïeutique, ou accouchement philosophique, mais bien parce qu'il possédait à fond la doctrine hermétique, où philosophie naturelle et pragmatique, qu'il ne fit qu'adapter à la mentalité grecque, mais qu’il ne diffusa qu’à ses proches, dont Platon.
Hippocrate de Cos (460-365), dit "le Père de la médecine", ouvrit une école dès son retour d’Egypte, où il s’instruisit pendant cinq ans. « D’abord, ne pas nuire ! »
Empédocle d’Agrigente (450-390) est estimé être l’auteur de la théorie des Quatre Eléments, cependant Homère et Héraclite, ainsi que Pythagore et d’autres les citent déjà au complet. Empédocle pensait que l’Amour (l’Amitié) et la Haine (la Discorde) étaient le moteur de la création : autant parler, de nos jours, de l'attraction et de la répulsion, ce qui fait plus physico-chimiste. Comme Anaxagore, il pensait que « Rien de ce qui est mortel n'a de naissance ni de fin par la mort qui emporte, mais les Eléments se rassemblent seulement, puis, une fois mêlés, se dissocient ».
Hérodote d’Halicarnasse (vers 430 avant notre ère), le "Père de l’Histoire", parcourut l’Egypte et en décrivit les aspects et les mœurs, tout en avouant de nombreuses fois qu’il devait laisser certaines choses dans le secret : c'est déjà beaucoup de l'avouer. Merci !
Platon (429-347), disciple de Socrate, demeura treize ans en Egypte, à Héliopolis notamment. Il fonda l’Académie, et son œuvre philosophique, immense, constitue l’essentiel de cette discipline encore aujourd’hui. Mais qui comprend les jeux de mots de Platon aujourd'hui, et qui s’en soucie ?
Eudoxe (409-356) suivit Platon en Egypte, où il resta lui aussi pendant treize ans, à Memphis notamment : il lisait l’égyptien hiéroglyphique.
Speusippe (394-334), neveu et premier disciple de Platon ; il dirigea l’Académie pendant 8 ans, ce qui suscita un terrible ressentiment d’Aristote envers Platon. Aristote lui acheta ses ouvrages pour l’équivalent approximatif de 115 000 euros.
Aristote de Stagire (384-322, à Chalcis, en Eubée), élevé à la cour de Macédoine, fut le plus célèbre et probablement le plus ingrat des disciples de Platon ; il fut aussi le plus connu des doxographes de l’Antiquité : son élève, Alexandre le Grand, le génial militaire aux yeux pers et vairons, lui fournit une fortune et de gros moyens afin de réunir tous les écrits savants disponibles dans le monde : il eut ainsi la plus grande (gigantesque serait plus correct) bibliothèque personnelle du Moyen-Orient. Il fonda le Lycée, et enseigna sous le mode exotérique et à la manière ésotérique, selon un plan inverse et complémentaire à celui de son Maître, Platon : celui-ci allait des Principes aux manifestations sensibles, celui-là du sensible à l'intelligible. C’est lui qui aurait donné aux Eléments leur qualification en deux couples opposés ; le Chaud et le Froid, et le Sec et l'Humide, ainsi, le Feu est chaud et sec, l’Air est humide et chaud, l’Eau est humide et froide, et la Terre est froide et sèche : pour l'Histoire, peut être, pour la vérité, non ; les Egyptiens fonctionnaient déjà sur ces principes dès la 4ème dynastie, et probablement avant. Il parlera aussi d’un cinquième Elément, l’Æther, qui est le mixte parfait des quatre autres que d’aucuns appellent la Quintessence, qui ne cessent de permuter les uns dans les autres, grâce au Feu qui les anime, ce qui est appelé de nos jours d’un mot barbare : la transélémentation. Il décrit les trois états tangibles de la matière : solide, liquide, aérienne (le mot gaz sera inventé 20 siècles après par van Helmont).
Théophraste (372-287) disciple de Platon et d’Aristote, il hérita des ouvrages de ce dernier et dut fuir Athènes : il eut pour disciple Démétrios de Phalère, qui devait organiser la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie. Celle-ci, sur l’ordre du monarque d’Egypte Ptolémée I Sôter, fut bâtie pour attirer les savants, recevoir les ouvrages de ceux-ci, et accueillir ceux qui venaient s’y instruire et travailler.
Apollodore (4ème et 3ème siècle avant J.C.) s’instruisit à la Bibliothèque d’Alexandrie et donna une vigoureuse poussée à l’étude des simples.
Epicure (341-270), se réclamait d’Anaxagore et de Démocrite en soutenant que Leucippe était un personnage imaginaire. A son sujet, Cicéron posait ironiquement la question : « Qu’y a-t-il dans les ouvrages d’Epicure qui ne vienne de Démocrite ? » : on voit bien là cette propension des Grecs à "repiquer" les travaux antérieurs qui leur paraissent de qualité, ce qui est une méthode comme une autre, pas plus répréhensible, si elle est avouée. Il convient de noter cependant, qu’au delà de Démocrite, Epicure donne un poids aux atomes et dit qu’ils sont en nombre infini. On doit essentiellement au latin Lucrèce (98-55), l’auteur du De natura rerum, qui passionna tant Victor Hugo, de connaître l’Epicurisme. Pour bien comprendre cette doctrine, totalement dévoyée de son sens originel de nos jours, et ce depuis les Libertins, il ne faut pas la confondre avec l'hédonisme.
Euclide (330-270), disciple de Platon, il fut appelé à Alexandrie, où il ouvrit une école de mathématiques : ce fut un compilateur et un doxographe de l’espèce d’Aristote.
Archimède (287-212), disciple du précédent, alla en Alexandrie s’instruire : c’est d’ailleurs en Egypte qu’il aurait inventé la célèbre vis qui porte son nom… Le vice d’Archimède restant… la recherche !
Eratosthène (276-192), surnommé "le second Platon", il devint le surintendant de la Bibliothèque d’Alexandrie, à laquelle il emprunta tout ce qui fait sa célébrité…
Apollonius de Perga (244-198), disciple d’Archimède, surnommé "le Grand Géomètre", il étudia lui aussi nombre d’années en Alexandrie d’Egypte.
Hipparque (150-85), disciple d’Eudoxe, a emprunté la découverte du phénomène de précession des équinoxes, qui est invérifiable dans l'espace d'une vie humaine, à ses hôtes Egyptiens de la Bibliothèque d’Alexandrie, grand spécialistes du ciel.
Posidonius (135-50), se rendit en Alexandrie d’Egypte pour y étudier, et ouvrit dès son retour à Rhodes une école de philosophie et de sciences qui le rendit célèbre.
Varron (116-27), ce latin grand ami de Cicéron organisa la Bibliothèque de Rome, et rédigea 490 ouvrages sur toutes les connaissances en 13 années … D'où provient cette prolixité, selon vous ? Le mécanisme de l’emprunt commence à se faire sentir, là aussi, chez les Latins…
Apollonius de Tyane (3-97 après J-C), le thaumaturge le plus réputé de l’Antiquité, comparé au Christ pour ses miracles, voyagea toute sa vie et séjourna très longtemps en Egypte.
Galien de Pergame (131-210) fit ses études à Alexandrie puis s’installa à Rome : il aurait intégré la théorie des 4 Eléments à la médecine, mais n'a pas compris grand chose de ce qu'il a lu dans la fameuse bibliothèque, selon nous.
Lucrèce (98-55), le célèbre auteur du De natura rerum, fortement empreint des idées d’Epicure et de Démocrite, est l’auteur, nom moins célèbre, de la théorie des "atomes crochus", qui seraient à la fois responsables de l’attrait et de la rétention entre les êtres, et à l’origine de la viscosité et de la fluidité des liquides.

Arrêtons-nous là, de peur de fatiguer les Lecteurs, bien que nous ayons probablement oublié bon nombre de personnages réputés en route…
Si nous faisons maintenant le compte de ce que les Egyptiens ont apportés aux Grecs en matière de savoir, tant théorique que pratique, la liste pourrait s’étendre sur plusieurs centaines de pages, car leur apport est immense, aussi riche et précieux qu’original, profond et varié : nous ne pouvons bien évidemment pas nous étendre sur ce sujet dans le cadre de ce bref (!) article.
Si cependant l’on conservait des doutes au sujet de ce que les Grecs doivent aux Egyptiens, que l’on veuille bien méditer cet aveu de Saint Clément d’Alexandrie, livré dans ses Stromates (Tissages) ; « Un livre de mille pages ne suffirait point à citer les noms de mes compatriotes qui ont usé et abusé de la Connaissance Egyptienne »…
Il nous semble, après ce rapide périple dans l'Histoire, que c’est bien par les Grecs que nous sont parvenues les dernières lueurs de ce qui fut la grande et très savante Egypte, et que c'est à celle-ci que ces mêmes Grecs doivent leur brillantissime entrée dans la civilisation, avec le Siècle de Périclès…
Même si l’Egypte ne fut qu’héritière, elle-aussi...

Voilà un bon bout de chemin parcouru : la philosophie hermétique, en provenance d'Egypte, comme les autres "théories" philosophiques, devient la propriété exclusive des penseurs Grecs : peut-être, mais d'où provient-elle elle-même, cette philosophie dite hermétique ? Des Egyptiens ?
C'est là ce que nous allons chercher à présent…

Si nous faisons une synthèse de l'ensemble de ce que l'on peut connaître à ce sujet, il apparaît que la science héritée des dieux – dont l’hermétisme est l’unique truchement, dès le commencement des temps – semble avoir été transmise de temps immémorial – voire largement préhistorique – à l'élite sacerdotale égyptienne. Celle-ci n'en fut apparemment que l'une des dépositaires et conservatrice, et la tint comme convenu au secret tout en l'étudiant pendant des millénaires. Les Chaldéens, qui reçurent le même enseignement, le laissèrent maladroitement dériver vers la superstition, en abandonnant le secret et l'étude des principes fondateurs de ce savoir. Moïse, instruit en sa qualité de protégé de Pharaon, put transmettre au ‘peuple’ hébreu les arcanes de cette discipline − qu'on retrouve donc jusque dans la Bible, et copieusement servie −, mais elle demeura cependant secrète et réprouvée au sein de ce ‘peuple’, évidemment pour ne pas être dévoyée ou amputée et pervertie…
C'est sensiblement à l'époque prévue de la décadence de leur civilisation que les sacerdotes égyptiens dévoilèrent l'astrologie – et les autres sciences cachées – aux quelques Grecs venus étudier chez eux, afin que ceux-ci en assumassent à leur tour l'héritage, la sauvegarde, la transmission et la diffusion. C’est de là – cela est clair maintenant nous semble-t-il – qu’est né ce qu’il est convenu d’appeler le miracle du positivisme grec, positivisme qui apparaît dès que la science hermétique se débarrasse de ses secrets et mystères, dus à son langage spécifique. Ce qui, chez les Egyptiens, était sous la bannière de Djehouty-Thoth, passa alors chez les Grecs sous celle d'Hermès, qui est le même, et fut peu à peu dévoilé ; c'est pourquoi ces sciences peuvent légitimement prétendre recevoir la désignation d'hermétiques, par laquelle l'abbé Lenglet du Fresnoy, par exemple, et à la suite de la pluralité des alchimistes, la désigne implicitement dans son titre, qui est le premier ouvrage y consacré : Histoire de la Philosophie hermétique (Chez Coustelier, Paris, 1742). Ces disciplines, qui jadis avaient vécu exclusivement dans le secret et à l'usage d'une prêtrise institutionnelle, devinrent alors accessible à quelques rares individus isolés, réputés libres, choisis, testés, puis instruits, alors que le monde profane n'en reçut que quelques bribes éparses et sans suites. Cédant quelquefois à la crainte de voir cet extraordinaire héritage sombrer dans l'oubli, du fait des nombreuses vicissitudes de l'Histoire, certains de ces initiés en écrivirent les éléments, mais de manière cryptée typique de leur filiation. La bibliothèque d'Alexandrie (précisons que le grec Alexo signifie : "je me préserve", " je repousse", "je défends", "je garde" ; il est bon alors de se demander : repousser et défendre "contre quoi" ou "contre qui", et garder "quoi" ? Andros désignant les hommes, en grec), dont le contenu fut estimé à 700 000 volumes par Ammien Marcellin, grâce au rassemblement des documents anciens demandé par Aristote, élève de Platon, et réalisé par son élève Alexandre le Grand, fut leur principal dépôt ; c'est là que se servirent ultérieurement – et entre autres – les Romains et les Arabes, lorsqu’ils conquirent l’Egypte. Il convient de rappeler que ces archives, extrêmement importantes pour notre histoire, en disparaissant dans les multiples incendies – criminels ou non, là n'est pas notre propos – ont totalement, profondément, et peut-être définitivement amputé nos connaissances en matière de sciences anciennes. Ainsi, que penser d'Epigène, lorsqu'il affirme que le savoir le plus ancien chez les hommes est vieux de 720 000 ans. Que dire, quand Pline, Cicéron, et Diodore de Sicile, tous hommes sérieux, instruits, et intègres, font état de traditions savantes remontant à près de 500 000 ans avant notre ère ? Ou quand Diogène Laërce, de même qu'Hérodote, écrivent que les prêtres égyptiens étaient en possession de manuscrits antérieurs de 48 863 ans (sic!) au règne d'Alexandre le Grand (356 à 323 BC). Ce sont ces témoignages de la Science des Anciens (Astrologie, Magie, Alchimie, et Théurgie), rédigés le plus souvent sous forme philosophique, mythologique, poétique ou religieuse, qui ont retenu l'attention des chercheurs sous la dénomination d'écrits hermétiques, sans même qu'ils en aient appréhendé la teneur véritable, nous en sommes certains, ni pu, a fortiori, les déchiffrer dans leur vérité et leur profondeur. Il n'y eu, en effet, que de très rares et très fragmentaires divulgations de ce savoir et de son procédé de transmission en langage profane. C'est essentiellement de ce silence et des lacunes qui en découlent, ou de l'interprétation erronée des écrits hermétiques traditionnels, que sont venues les difficultés à poser une analyse scientifique cohérente, qui, pour être crédible, de nos jours, devrait au moins éclaircir son langage, se soumettre à l'examen par la méthode scientifique, et être accessible à la démonstration, ce dont il semble qu'il ne sera jamais question !

En fait, quelles que soient les informations dont nous disposons – sacrées ou profanes –, nous n'avons aucune indication solide, à caractère scientifique, dans l'acception moderne du terme, concernant l'origine dans le temps et chez les hommes des débuts de l'alchimie, de l’astrologie, de la magie, etc. Il apparaît cependant clairement que les fondations de ces arts et sciences ont fait l'objet d'un enseignement qui fut transmis, étudié, et caché. Nous ajouterons au surplus que cet ensemble savant ne semble pas être un corpus cognitif qui évolue, mais une gnose qui est plus ou moins dévoilée selon les lieux, les époques, et les capacités de ceux qui l'étudie.
Les Sages anciens, de qui nous tenons la Magie, l’Alchimie, l'Astrologie, et la Théurgie, donnèrent trois raisons générales à l’usage et au maintien de l’expression nécessairement voilée : la première fut leur volonté affirmée de ne s'exprimer qu’à l'exemple de Dieu dans la Nature, qui ne dit jamais mais signifie. En effet, ils s’attachèrent constamment, quelquefois malicieusement, souvent ingénieusement, mais toujours très intelligemment, à montrer sans montrer, à dire sans dire, à cacher sans cacher... La seconde est qu'ils ont considéré que ledit savoir devait rester l'apanage de ceux dont la vertu guide l'intelligence – et non l’inverse, que cette dernière sait aisément contrefaire – et ce, afin que la science et ses résultats ne soient pas dévoyés et nuisent à l'Homme et à la Nature. La troisième et dernière raison tient à ce que, ayant aperçu que leurs écrits étaient susceptibles d'être interprétés jusqu'à l'opposé même de ce qu’ils avait pensé et souhaité enseigner, ils ont toujours préféré la transmission orale, symbolique ou emblématique directe de leur savoir. Ainsi le Korê Kosmou (V), livre attribué à Hermès, affirme-t-il : « Hermès vit la totalité des choses. L'ayant vue, il comprit. Ayant compris, il eut le pouvoir de révéler et de montrer. Et précisément, ce qu'il savait, il l'écrivit. Mais ce qu'il écrivit, il le cacha, gardant le silence plutôt que de parler, de sorte que chaque génération en venant au monde devait chercher ces choses ». Dans le onzième fragment de Stobée, tiré du Codex Herméticum, autre ouvrage attribué à Hermès, ce dernier nous invite à la prudence : « Evite cependant les entretiens avec la foule. Non certes que je veuille que tu gardes jalousement ta science ; c'est plutôt parce que tu prêteras à rire à la foule : qui se ressemble s'assemble ; entre dissemblables, il n'y a point d'amitié. Les leçons que voici ne comportent qu'un tout petit nombre d'auditeurs, et peut-être n'auront-elles même pas ce petit nombre ». Ceci nous dispense de nous colleter avec les négateurs par principe, qui la plupart du temps ne connaissent rien à la discipline qu'ils dénigrent.
L'avertissement antérieur, quant à lui, nous rappelle sans détour la célèbre injonction biblique (Matthieu, VII-6) : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens ni ne jetez vos perles devant les porcs, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et, se retournant, ne vous déchirent ».

Toute personne sensée se demandera pourquoi les ‘intellectuels’ d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, éprouvent tant de difficultés à percevoir et définir clairement l’hermétisme. En lisant largement, elle s’apercevra que le véritable problème de la compréhension de l’hermétisme n’est en rien dû à l’obscurité des textes, comme le prétendent certains chercheurs, mais plutôt à l’attitude de ceux-ci face à ces textes. En réalité, il y à deux raisons : le mépris constant et insistant des intellectuels à l’égard de celle-ci et de ses prosélytes, et leur refus de prendre en considération les injonctions permanentes des scripteurs de ladite discipline, qui invitent pourtant unanimement à replacer celle-ci au sein d’une philosophie cachée spécifique, dite philosophie hermétique. Ce qui caractérise l’hermétisme, c’est qu’il refuse d'accorder à l'intellect le rôle d'arbitre suprême dans l'entendement, refuse de considérer l'intellect comme le moyen suprême d'investigation du vrai, du juste, du beau, et enfin, refuse de laisser l'intellect s'interposer entre le sujet et l'objet ; ainsi, pour les hermétistes, toute expérience vaut pour une forme exacte de la réalité... Qu’elle soit onirique, parapsychologique, ou ufologique etc. n’enlève rien à ce point de vue. C’est d’abord cela qui a déstabilisé les rationalistes et les intellectuels érudits. Quelle méthode d’approche adopter dans ce cas ? Telle aurait due être leur question. Non, ils préférèrent ignorer ces dispositions : on a vu les résultats ; ils préfèrent repousser et/ou mentir... Les hermétistes, qu’ils aient été astrologues, magiciens, alchimistes ou théurges, s’exprimaient à l’aide un langage très particulier, appelé par eux cabale, et ne se cachaient jamais de l’utiliser à l’exclusion de tout autre, alors écoutons certains d’entre eux, Geber, par exemple : « Les Anciens dissimulaient les secrets de la Nature, non seulement dans leurs écrits, mais aussi dans des tableaux variés, des caractères, des chiffres, des monstres et autres animaux diversement dépeints et transformés, et à l'intérieur de leur palais et de leurs temples, ils peignaient ces fables poétiques, les planètes et les signes célestes, avec beaucoup d'autres signes, monstres et animaux : ils n'étaient compris de personne sauf de ceux qui connaissaient ces secrets ». Une fois encore, cette manière de procéder n'est pas exclusive des hermétistes occidentaux ni de cette époque, et s’applique également aux aspects pratiques et techniques de la discipline hermétique orientale. Le chinois Pao-P'utzu (260-340), plus connu sous le surnom de Ko-Hung, dit en effet : « Le secret recouvre les procédés efficaces, les substances auxquelles on se réfère sont banales, mais on ne peut pas les identifier si on n'a pas connaissance du code qui les concerne ». Tous les hermétistes, de quelque époque ou de quelque lieu qu'ils aient été, furent d'accord pour ne donner accès à leur doctrine qu'à ceux qui se distinguaient d'abord par la vertu, ensuite par l'entendement, et enfin par l'habileté manuelle. L'abbé Dom Antoine-Joseph Pernety dit avec justesse, dans la préface de son Dictionnaire mytho-hermétique (chez Bauche, Paris 1758, rééditions Denoël-Retz et Arché Milano 1980) : « Les auteurs avertissent eux-mêmes qu'on ne doit pas les entendre à la lettre ; qu'ils ont donné mille noms à une même chose ; que leurs Ouvrages ne sont qu'un tissu d'énigmes, de métaphores, d'allégories, présentés même sous le voile de termes ambigus, & qu'il faut se défier des endroits qui paraissent faciles à entendre à la première lecture. Ils font mystère de tout & semblent n'avoir écrit que pour ne pas être entendus. Ils protestent cependant qu'ils n'écrivent que pour instruire, & pour instruire d'une Science qu'ils appellent la clef de toutes les autres. L'amour de Dieu, du prochain, de la vérité leur met la plume à la main : la reconnoissance d'une faveur signalée que celle d'avoir reçu du Créateur l'intelligence d'un mystère si relevé, ne leur permet pas de se taire. Mais ils l'ont reçu ajoutent-ils, dans l'ombre du mystère ; ce seroit même un crime d'anathème que de lever le voile qui le cacha aux yeux du vulgaire. Pouvoient-ils se dispenser d'écrire mystérieusement ? Si l'on exposoit au grand jour cette Science dans sa simplicité, les femmes, les enfants même voudroient en faire l'épreuve (...). Il falloit donc tenir cette Science dans l'obscurité, n'en parler que par hiéroglyphes, par fiction, à l'imitation des anciens Prêtres de l'Egypte, des Brahmanes des Indes, des premiers Philosophes de la Grèce & de tous les pays, dès qu'on sentoit la nécessité de ne pas bouleverser tout l'ordre & l'harmonie établis dans la société civile. Ils suivoient en cela le conseil du Sage [« Les Sages cachent la Science », Proverbes X-14]. Mal à propos traite-t-on de fous les Philosophes hermétiques : n'est-ce pas se donner un vrai ridicule que de décider hardiment que l'objet de leur Science est une chymère, parce qu'on ne peut pas le pénétrer, ou qu'on l'ignore absolument ? C'est en juger comme un aveugle des couleurs. Quel cas les gens sensés doivent-t-ils donc faire des jugements critiques de quelques Censeurs sur cette matière, puisque tout le mérite de ces jugements consiste dans le froid assaisonnement de quelques bons mots à l'ombre desquels ils cachent leur ignorance, & qu'ils sèment faute de bon grain, pour faire illusion à des Lecteurs imbéciles, toujours disposés à leur applaudir. Méritent-t-ils que l'on fasse les frais d'une réponse ? Non (...). Je voudrois qu'avant d'étaler leur mépris pour la Philosophie Hermétique, ils prissent la peine de s'en instruire. Sans cette précaution ils s'attireront à bon droit le reproche que les insensés méprisent la Science & la Sagesse, & qu'ils ne se repaissent que d'ignorance » (...).

Citant les textes d'auteurs classiques en alchimie, Pernety explique : « Tout ce qui peut devenir nuisible à la Société, quoiqu'excellent par lui-même, ne doit point être divulgué, & l'on n'en doit parler que dans des termes mystérieux […]. Notre Science est comme une partie de la Cabale, elle ne doit s'enseigner clairement que de bouche à bouche. Aussi les Philosophes n'en ont-ils traité que par énigmes, par métaphores, par allégories, & par des termes équivoques (Aegidius de Vadis, chap. X). La plupart des Traités composés par cette Science (Hermétique) sont si obscurs & si énigmatiques qu'ils sont inintelligibles à tout autre qu'à leurs Auteurs (Petrus Bonus de Lombardie, "Margarita novella"). J'aurois pu multiplier le nombre de ces textes de Philosophes : on en trouveroit plus qu'il n'en faut pour former un gros volume ; mais ceux-là suffiront pour mettre le Lecteur au fait de la manière de s'expliquer de ceux qui ont écrit sur la matière & les procédés de la Science Hermétique. Ce nuage épais qu'on trouve répandu dans tous leurs ouvrages, cette obscurité affectée, ce mystère que si peu de gens peuvent pénétrer, sont sans contredit la véritable raison qui a fait & fait encore regarder la Pierre Philosophale comme une chymère, malgré le témoignage de tant d'Auteurs, & les faits comme certains qui déposent en faveur de sa réalité. Les Sçavans, dit-on, la traitent d'extravagance & de folie. Que conclure de là ? Ne seroit-ce pas une preuve que ceux qu'on appelle Sçavans sont bien éloignés de tout sçavoir ? & qu'ils pourroient dire d'eux à plus juste titre ce qu'un ancien Sage de la Grèce disoit de lui-même : J'ignore tant de choses, que je puis dire, je sçais seulement que je sçais rien. (...) Ce qu'on nomme la science a souvent ses préjugés infiniment plus difficiles à vaincre que l'ignorance même. » Et Pernety de conclure : « Il me semble que plus un homme a d'étendue de génie & de connoissances, moins il doit nier, & plus il doit voir de possibilité dans la Nature. A être crédule il y a plus à gagner qu'à perdre. La crédulité engage un homme d'esprit dans des recherches qui le désabusent, s'il étoit dans l'erreur, & qui toujours l'instruisent de ce qu'il ignoroit »...
Ce dont nous convenons aisément en ce qui nous concerne.

Je vous remercie vivement de faire circuler cet article, comme les précédents et les suivants s’ils vous plaisent, et vous souhaite d’en tirer le meilleur en les relisant à votre goût… Merci et à bientôt !
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Chris B
 
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